Samedi 2 janvier 2010
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19:58
Non chère Madame outrée je ne pourrais pas travailler dans un bureau loin de mes petits clients. Ni être
fonctionnaire d'ailleurs.
Je ne pourrais plus ressentir une immense chaleur dans mon coeur lorsque l'un de mes gentils clients se
déplace à la librairie juste pour me souhaiter la bonne année, ni un sentiment de victoire lorsqu'après avoir bataillé avec Electre pendant une demi-heure, je trouve enfin THE bouquin pour
l'exposé de ma petite collégienne angoissée, ni le plaisir de servir mes petites grands-mères préférées avec qui je rigole tant. Je ne pourrais plus esquisser un sourire en voyant un petit bout
de chou s'extasier devant une couverture de BD Trolls de Troy ou un autre essayer de porter tel un galant homme le panier de Maman bien trop lourd et immense pour ses petits bras.
Non, je ne saurais me passer de tous ces petits moments de bonheur égarés parmi tous les autres moins
plaisants qui sont inhérents au commerce.
Mais lorsque je passe une mauvaise journée pendant laquelle des clients hautains et méprisants m'ont traitée comme une sous-merde alors que j'accueille au mieux chacun chaque jour, avec un
sourire sincère, je pense que je suis en droit de me moquer gentiment d'eux le soir venu. Les media nous bassinent avec le harcèlement moral des patrons envers leurs employés mais que dire de
celui des clients envers les vendeurs en général ? Est-il normal d'être poursuivi dans le magasin par une cliente qui vous insulte car vous n'avez pas un livre en stock ?? Est-il normal qu'on
vous balance un livre dessus car il ne convient pas au client ?? Est-il normal qu'on vous dise "Arrête de sourire, t'as l'air trop conne" alors qu'on essaie de rester aimable ?? Est-il normal
qu'une cliente hurle sur un libraire au téléphone pendant plus de 20 min car l'éditeur arrête la publication d'un bouquin ?? Est-il normal de se sentir défaillir car un énième client s'est montré
violent verbalement ? Moi j'appelle ça du mépris. Et temps que nous ne pourrons pas porter plainte pour insultes, diffamation et harcèlement contre ces clients-là, les cas de dépression chez les
vendeurs continueront d'augmenter.
Et moi je continuerai de reporter leurs perles avec gourmandise ici-même.
Par Une libraire
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